
« Écris-moi un mail de relance. » Sept mots, et une réponse tiède qu'il faudra reprendre entièrement. C'est la demande que je vois le plus souvent apparaître sur les écrans, en atelier, à Bordeaux. Le réflexe est compréhensible : on parle à l'IA comme on lancerait une recherche. Sauf qu'une recherche cherche, alors qu'un modèle de langage rédige, et qu'il rédige avec ce qu'on lui donne.
Cet article détaille la méthode en cinq éléments que nous faisons appliquer en séance, puis six gabarits prêts à copier pour les métiers d'une TPE. Aucun sigle à mémoriser, aucun abonnement à souscrire : juste une façon d'écrire vos demandes qui change la qualité de ce que vous récupérez.
Un bon prompt ChatGPT contient cinq éléments : un rôle attribué à l'IA, le contexte de votre entreprise, une tâche formulée avec un verbe d'action unique, un format de sortie précis et des contraintes explicites de ton, de longueur et d'interdits. Rien de plus. Les méthodes qui circulent sous forme d'acronymes anglophones décrivent toutes cette même armature avec un vocabulaire différent, et le guide officiel d'OpenAI sur le prompt engineering recommande exactement ces briques. En volume, cela représente cinq à dix lignes, contre les moins de quinze mots que contiennent la plupart des demandes apportées en atelier par nos participants girondins. Le repère le plus fiable est celui du stagiaire : si une personne arrivée ce matin dans votre entreprise pouvait exécuter la tâche correctement en lisant votre demande, sans revenir vous questionner, alors votre prompt est prêt. Sinon, il manque un des cinq éléments, et c'est presque toujours le même qui fait défaut, celui des contraintes.

Le rôle indique au modèle depuis quelle position il doit répondre. « Tu es responsable administrative d'une entreprise de travaux à Bordeaux » et « tu es directrice de la communication d'une marque de luxe » produiront deux textes radicalement différents pour la même demande, dans le vocabulaire comme dans le niveau de détail. Sans rôle, le modèle s'installe par défaut dans une posture neutre de rédacteur généraliste, celle qui donne ces textes lisses que tout le monde reconnaît immédiatement. Deux précisions valent mieux qu'une : le métier et le niveau d'expérience. « Tu es comptable » ouvre déjà la bonne bibliothèque de vocabulaire ; « tu es comptable en cabinet, habituée à écrire à des dirigeants de TPE peu à l'aise avec les chiffres » ajoute le registre attendu. C'est la ligne la plus rapide à écrire, et souvent celle qui change le plus la première impression du résultat.
Tu es [métier précis], avec [niveau d'expérience ou spécialité].
Tu écris habituellement pour [type d'interlocuteur].
Le contexte, c'est ce que vous diriez à un nouveau collaborateur le premier jour : votre activité, votre clientèle type, ce qui vous distingue du concurrent d'en face. Le modèle ne connaît rien de votre entreprise. Sans ces informations, il écrit pour une société moyenne de votre secteur et vous obtenez un texte que n'importe qui pourrait publier à l'identique. Trois lignes suffisent, et elles ont un avantage considérable : elles se réutilisent dans toutes vos demandes suivantes. Beaucoup de participants les enregistrent une fois pour toutes dans les instructions personnalisées de leur compte, ce qui évite de les retaper. Attention toutefois à ce que vous y placez : les données nominatives de clients, montants réels et documents contractuels n'ont pas leur place dans une version grand public, comme le rappelle notre article sur ChatGPT et le RGPD.
Contexte : je dirige [activité] à [ville], nous servons [clientèle type].
Ce qui nous distingue : [différence concrète].
Nos clients viennent surtout pour [besoin principal].
La tâche est la partie que tout le monde écrit, et pourtant celle qui déraille le plus souvent. Deux règles la remettent d'aplomb. D'abord, un seul verbe d'action : rédige, résume, compare, traduis, liste, corrige. Une demande qui enchaîne « analyse, résume, propose et rédige » obtient quatre demi-résultats plutôt qu'un bon, et vous oblige à tout relancer si une seule partie déçoit. Ensuite, un livrable identifiable : pas « aide-moi avec ma relance » mais « rédige l'email de relance ». Ajoutez l'objectif visé, c'est-à-dire ce que le destinataire doit faire après lecture, car c'est lui qui oriente les arguments retenus. Un email de relance destiné à obtenir un règlement ne s'écrit pas comme un email destiné à préserver la relation avec un bon client en difficulté passagère. Cette ligne d'objectif est celle que les participants ajoutent le plus volontiers en atelier, parce qu'ils constatent immédiatement le changement d'argumentaire dans la réponse obtenue.
Tâche : [un seul verbe d'action] [livrable précis] destiné à [interlocuteur].
Objectif : ce que le destinataire doit faire après lecture.
Sans consigne de forme, le modèle choisit la sienne, presque toujours du texte suivi en paragraphes. Vous vouliez un tableau à trois colonnes, vous récupérez une dissertation à remettre en page. Le temps gagné à la rédaction repart alors dans la mise en forme, ce qui explique une bonne part des déceptions exprimées en formation. Précisez la structure et la longueur : tableau à trois colonnes, cinq puces de quinze mots maximum, email avec objet et signature, script de cent vingt mots. La contrainte de longueur a un effet secondaire précieux : en imposant un format court, vous obligez le modèle à trancher et à supprimer le remplissage. Ajoutez aussi ce qui doit être absent, en particulier les introductions et conclusions de politesse que l'on supprime systématiquement à la main. Un format annoncé clairement est aussi ce qui rend le résultat directement collable dans votre logiciel de messagerie ou votre tableur.
Format : [tableau 3 colonnes | 5 puces | email avec objet | script].
Longueur : [x mots ou x lignes]. Pas d'introduction ni de conclusion.
C'est le grand absent des prompts que nous collectons en atelier. Presque tout le monde décrit ce qu'il veut, presque personne n'écrit ce qu'il refuse. Or les contraintes sont ce qui supprime la retouche manuelle : pas de superlatifs, pas de promesse commerciale que nous ne pouvons pas tenir, pas d'emoji, vouvoiement, aucun chiffre inventé, aucune référence légale non vérifiée. Deux lignes ajoutées à la fin de votre demande, et vous récupérez un texte directement utilisable au lieu d'un brouillon à nettoyer. C'est l'ajustement le plus rentable que nous observons chez les TPE de Gironde, pour un temps d'écriture quasi nul. Demandez également au modèle de signaler entre crochets tout élément dont il n'est pas certain, plutôt que de le formuler avec le même aplomb que le reste. Cette simple consigne rend la relecture beaucoup plus rapide, puisque votre attention se porte sur les points signalés.
Contraintes : vouvoiement, ton [direct et factuel], pas de superlatif,
pas d'emoji, aucun chiffre ou référence légale inventé.
Signale entre crochets [À VÉRIFIER] tout élément incertain.
Assemblés, ces cinq éléments donnent un bloc de huit à dix lignes qui se rédige en deux minutes et se réutilise ensuite indéfiniment. La comparaison ci-dessous porte sur une tâche identique, la relance d'un devis resté sans réponse depuis trois semaines, traitée deux fois : une fois avec la demande spontanée de sept mots, une fois avec la méthode complète. Ce que les participants remarquent d'abord, ce n'est pas la qualité du premier jet, c'est le temps passé après génération. Le prompt court semble économique à l'écriture et coûte cher à la correction. Le prompt structuré coûte deux minutes de plus au départ et sort un texte que l'on envoie presque tel quel, avec pour seule intervention la vérification des montants et des dates. Sur une tâche répétée chaque semaine, l'écart devient considérable au bout d'un mois, puisque le cadrage n'est écrit qu'une seule fois pour toutes.
| Critère | Prompt spontané (7 mots) | Prompt en 5 éléments |
|---|---|---|
| Temps d'écriture de la demande | 10 secondes | 2 minutes |
| Ton du résultat | Neutre, interchangeable | Celui de votre entreprise |
| Format obtenu | Paragraphes à remettre en forme | Email prêt avec objet |
| Retouche après génération | Réécriture quasi complète | Vérification des montants |
| Réutilisable par un collègue | Non, à refaire à chaque fois | Oui, en changeant les variables |
| Risque de promesse hasardeuse | Élevé, rien n'est interdit | Faible, contraintes explicites |
Le prompt structuré ne coûte que deux minutes de plus, et se transforme en gabarit d'équipe dès le deuxième usage.
Voici la méthode appliquée aux tâches les plus fréquentes dans une TPE. Remplacez simplement les mentions entre crochets par vos informations, puis conservez la version qui a fonctionné dans un document partagé. C'est ainsi que se construit une bibliothèque de prompts d'entreprise, celle qui fait qu'un collègue absent ne bloque plus la production d'un courrier. Chacun de ces gabarits a été testé puis corrigé avec des participants d'ateliers bordelais, sur leurs propres dossiers. Adaptez-les sans hésiter : un gabarit qui ne bouge jamais est un gabarit que personne n'utilise vraiment. Notez au passage que les cinq éléments apparaissent dans le même ordre à chaque fois, quel que soit le métier, ce qui rend la structure facile à retenir puis à transmettre à un nouveau collaborateur. Pour aller plus loin sur les tâches de bureau, notre sélection de prompts de productivité complète utilement ces six modèles de départ.

Tu es assistante de direction dans une [activité] à Bordeaux, habituée
aux échanges clients délicats.
Contexte : client depuis [durée], commande [référence], livrée en retard.
Tâche : rédige la réponse à sa réclamation, pour qu'il accepte le geste
commercial proposé et reste client.
Format : email, objet inclus, 12 lignes maximum, une seule relecture possible.
Contraintes : vouvoiement, ton factuel et responsable, aucune excuse
répétée, pas de promesse de délai que je n'ai pas validée.
Tu es commercial en [secteur], tu écris à un dirigeant de TPE très occupé.
Contexte : devis de [montant] envoyé le [date], aucune réponse depuis 3 semaines,
échange téléphonique cordial avant l'envoi.
Tâche : rédige l'email de relance pour obtenir une réponse, même négative.
Format : email de 8 lignes maximum, objet court, une seule question finale.
Contraintes : pas de relance culpabilisante, pas de superlatif, pas de remise
proposée spontanément.
Tu es responsable marketing d'une [activité] en Nouvelle-Aquitaine.
Contexte : nous venons de [réalisation concrète] pour un client [secteur].
Tâche : rédige une publication LinkedIn qui donne envie de nous contacter.
Format : 150 mots, première ligne accrocheuse sous 12 mots, pas de hashtag
au milieu du texte.
Contraintes : ton direct, aucun jargon, aucune statistique inventée,
pas d'emoji, pas de formule d'auto-félicitation.
Tu es conducteur de travaux dans le bâtiment, tu écris à un particulier.
Contexte : chantier de [nature] chez [client], visite de suivi ce matin,
points constatés : [liste en vrac de mes notes].
Tâche : transforme mes notes en compte rendu clair envoyé au client.
Format : email, 3 parties (ce qui est fait, ce qui reste, prochaine étape
datée), 15 lignes maximum.
Contraintes : vocabulaire compréhensible sans être technique, aucune date
inventée, signale entre crochets ce qui manque dans mes notes.
Tu es comptable en cabinet, tu écris à un dirigeant de TPE peu à l'aise
avec les chiffres.
Contexte : écart de [nature] constaté sur [période], cause identifiée : [cause].
Tâche : explique l'écart et l'action à mener, pour qu'il valide la correction.
Format : email de 10 lignes, un tableau à 2 colonnes si nécessaire.
Contraintes : aucun terme technique sans définition immédiate, pas de
condescendance, aucun montant que je n'ai pas fourni.
Tu es dirigeant d'une entreprise de [taille] à [ville].
Contexte : réunion d'équipe [fréquence], sujet du jour : [sujet],
tensions existantes sur [point].
Tâche : prépare l'ordre du jour et les 3 questions à poser à l'équipe.
Format : liste numérotée, durée indicative par point, 30 minutes au total.
Contraintes : pas de langage managérial creux, chaque point doit aboutir
à une décision ou une action attribuée.
Un bon prompt ne dispense pas de conduire l'échange. Premier réflexe, l'itération : formulez une critique précise plutôt qu'un « refais » vague, en disant ce que vous voulez à la place. Deux ou trois allers-retours suffisent à passer d'un brouillon correct à un texte publiable. Deuxième réflexe, l'exemple : si vous disposez d'un courrier réussi, collez-le en modèle et demandez d'en reprendre le ton. Rien ne cadre mieux un style qu'un échantillon réel. Troisième réflexe, la conservation : dès qu'un prompt donne un bon résultat, enregistrez-le avec ses variables dans un document partagé. Ces trois gestes sont détaillés dans nos techniques avancées de prompts.
Pour appliquer cette méthode à vos propres dossiers, notre formation Prompts Efficaces en 3h vous fait réécrire vos prompts réels et repartir avec votre première bibliothèque. Le guide complet ChatGPT en entreprise couvre la vue d'ensemble, notre page assistant IA présente les accompagnements, et l'article sur les 8 erreurs les plus fréquentes vous dit quoi corriger en priorité. Le guide du prompt engineering prend ensuite le relais.
Qu'est-ce qu'un bon prompt ChatGPT concrètement ? Une demande qui contient cinq éléments : le rôle de l'IA, le contexte de votre entreprise, la tâche en un verbe d'action, le format de sortie et les contraintes. Cinq à dix lignes plutôt que quelques mots.
Faut-il apprendre des formules techniques pour bien prompter ? Non. Les acronymes anglophones décrivent tous la même armature : qui parle, pour qui, quel livrable, sous quelle forme.
Quelle longueur doit faire un prompt efficace ? Cinq à dix lignes pour une tâche de bureau courante. Le repère : une personne extérieure pourrait-elle exécuter la tâche en lisant votre demande ?
Quel est l'élément le plus souvent oublié ? Les contraintes, de très loin. Presque personne n'écrit ce que l'IA ne doit pas faire, alors que ce sont ces interdits qui suppriment la retouche manuelle.
Peut-on réutiliser le même prompt pour plusieurs tâches ? Oui. Remplacez les informations spécifiques par des variables entre crochets et votre prompt devient un gabarit d'équipe, réutilisable en changeant trois valeurs.
Rôle, contexte, tâche, format, contraintes. Cinq éléments, deux minutes d'écriture, et la différence entre un texte que vous jetez et un texte que vous envoyez. Commencez par la contrainte si vous ne deviez en ajouter qu'un seul à vos demandes actuelles : c'est celui qui manque le plus souvent et qui vous fait gagner le plus de temps en aval. Puis conservez le prompt qui a fonctionné, avec ses variables, dans un document que vos collègues pourront reprendre. C'est cette accumulation qui produit un gain durable dans une TPE de Bordeaux ou de Gironde, bien avant le choix de l'outil ou du plan d'abonnement. La méthode ne demande rien d'autre que quelques minutes d'attention au moment d'écrire, et elle se transmet d'un collaborateur à l'autre sans formation supplémentaire.
Quel élément manque le plus souvent dans les prompts d'entreprise ?
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